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Initiative du G20 : la Chine va-t-elle accorder au Cameroun le report du paiement de ses créances dues en 2020 ?

Initiative du G20 : la Chine va-t-elle accorder au Cameroun le report du paiement de ses créances dues en 2020 ?

Paru le mardi, 02 juin 2020 09:49

Le Cameroun est en négociations avec la Chine en vue de conclure un moratoire sur le service de la dette due à l’Empire du Milieu pour la période du 1er mai au 31 décembre 2020. Une visioconférence entre les parties a par exemple été organisée le 26 mai dernier. Ces négociations, conduites par le ministre de l’Économie Alamine Ousmane Mey, visent à concrétiser la décision du G20 prise le 15 avril dernier.

Ce jour-là, le groupe des 19 pays les plus industrialisés du monde (dont la Chine) et l’Union européenne se sont engagés à suspendre momentanément, à leur demande, le service de la dette bilatérale des 77 économies moins développées, dont 41 pays d’Afrique subsaharienne pour les huit derniers mois de l’année 2020. Les sommes non payées en 2020 devraient leur être remboursées en trois ans (2022, 2023 et 2024), après une année blanche en 2021.

Signaux contradictoires

Ces négociations sont nécessaires parce que l’application de la décision du G20 doit se faire conformément aux législations et procédures internes de chaque pays créanciers. Mais les appréhensions viennent du fait que Pékin semble envoyer des signaux contradictoires vis-à-vis de cette initiative.

Selon le Club de Paris, entre le 15 et le 26 mai, une demi-dizaine de pays, dont le Cameroun, ont conclu un accord avec certains de ses membres pour le report du paiement de leurs créances des huit derniers mois de l’année 2020. Mais la Chine n’est partie prenante à aucun de ces accords, même pas en tant qu’observateur alors Pékin a des créances sur des pays débiteurs concernés par ces arrangements avec le Club de Paris. Par ailleurs, aucun accord entre un pays en développement éligible au moratoire du G20 et l’Empire du Milieu n’a été annoncé jusqu’ici.

Comme pour répondre à ces doutes, le ministre chinois des Affaires étrangères a indiqué le 24 mai 2020, lors d’une conférence de presse, à l’occasion de la 3e session annuelle de la 13e assemblée populaire nationale, que « La Chine travaillera activement à la mise en œuvre de l’initiative de la suspension du service de la dette du G20, pour alléger le fardeau des pays africains ». Wang Yi a même ajouté que l’Empire du Milieu « envisagera d’accorder un soutien supplémentaire par voie bilatérale aux pays africains confrontés à de grandes difficultés ».

Choc des visions

« C’est juste une question de timing et probablement de la nature et l’ampleur du soutien supplémentaire que souhaite apporter la Chine aux pays africains frappés par la pandémie du nouveau coronavirus », analyse pour sa part Roger Ngaya dans une interview accordée à Investir au Cameroun. Mais le CEO de Strategy, une agence de communication financière et corporate proche des milieux diplomatiques et d’affaires chinois, ne nie pas que Pékin à des raisons de regarder avec méfiance l’initiative du G20.

Certaines dispositions de l’initiative des 19 pays les plus industrialisés du monde plus l’Union européenne pourraient contrarier certains intérêts chinois. Il en est par exemple du renoncement à conclure de nouveaux des prêts non concessionnels sur la période du moratoire exigé aux pays éligibles. Mais à en croire, l’expert en finances internationales, les défis à la collaboration entre la Chine et les pays occidentaux, qui dominent en nombre le G20, sont beaucoup plus structurels. « Pékin n’est tout simplement pas prêt à rejoindre les standards occidentaux en matière de prêts ».

À titre d’exemple, illustre-t-il, « pour la Chine, les conditionnalités comme la protection des droits de l’Homme et les problèmes de gouvernance des pays récipiendaires relèvent des affaires intérieures. Elles ne peuvent être considérées comme une exigence pour l’obtention d’un prêt en vertu d’un des piliers fondamentaux de la politique étrangère chinoise à savoir la non-intervention dans les affaires intérieures des partenaires. »

Or, pour réussir « “les appels de données” qui précèdent les restructurations des dettes, il faut un partage des critères communs d’octroi de crédits pour poser les bases d’une initiative pour la transparence de la dette », ajoute le patron de Strategy.

Singularité du Cameroun

En juillet 2019, le Cameroun a déjà bénéficié d’une restructuration de la dette due à Eximbank. La banque publique chinoise d’import-export a accepté de rééchelonner 70% de la somme (intérêts non compris) que devrait lui rembourser le Cameroun sur la période allant de juillet 2019 à mars 2022.

Cette enveloppe, qui concerne 22 projets de son portefeuille au Cameroun, est estimée à environ 150 milliards FCFA, selon le gouvernement. Cette dette sera finalement payée « au cours des années suivantes pendant la période d’échéance restante », informe le Fonds monétaire international (FMI) dans son rapport de février 2020 sur le Cameroun.

Mais pour Roger Ngaya, cela ne devrait pas poser problème. « L’économie chinoise se remet progressivement du choc du coronavirus. Pékin peut se permettre ce geste de soulagement à l’endroit du Cameroun », soutient-il. La Chine est le premier bailleur de fonds du Cameroun. Avant la restructuration de sa dette en juillet 2019, plus de 60% du service de la dette bilatérale du pays était destiné à la Chine. On ignore ce qui en est aujourd’hui.

Les annexes du budget 2020, comme le document détaillant le service de la dette par créancier, ne sont toujours pas publiées à ce jour. Selon le calendrier de publication des statistiques des finances publiques 2020, ce document devrait pourtant être disponible sur le site de la direction générale du budget du ministère des Finances depuis janvier.

Aboudi Ottou et Baudouin Enama

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