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Institutions politiques : pourquoi le RDPC règne sans partage

Institutions politiques : pourquoi le RDPC règne sans partage

Paru le lundi, 04 janvier 2021 16:36

A l’issue des premières élections régionales de l’histoire du Cameroun tenues les 6 décembre 2020, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) s’est arrogé 9 régions sur dix, ne laissant que l’Adamaoua à l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP).

Déjà au terme des élections municipales du 9 février, le parti présidentiel s’est adjugé une écrasante majorité de conseillers municipaux, consacrant ainsi sa suprématie dans 316 sur les 360 communes que compte le pays. Il gère également 13 des 14 plus grandes villes.

Dans le même temps, le RDPC prenait le contrôle de l’Assemblée nationale avec 152 députés sur 180. Auparavant, le parti né des cendres du parti unique (UNC) le 24 mars 1985 à Bamenda a raflé 87 sénateurs sur 100 à la Chambre haute du Parlement.

Autant dire que la formation politique présidée par Paul Biya contrôle sans partage toutes les institutions politiques du Cameroun. Une domination qui ne date pas d’aujourd’hui. La dernière fois que le contrôle des institutions a échappé au RDPC remonte à 1992. Cette année-là, il ne remporte que 88 députés sur 180, et se voit obligé de former une coalition avec des partis d’opposition pour maintenir la Chambre basse du Parlement dans son giron.

Antériorité historique du RDPC

D’après Moussa Njoya, politologue, cette domination s’explique avant tout par « l’antériorité historique du RDPC qui, pendant longtemps, a été parti unique et a ainsi pu travailler son implantation sur l’ensemble du territoire national ».

De plus, soutient-il, « le RDPC a, quoi qu’on dise, pu s’adapter au retour du multipartisme dans notre pays en retravaillant son sommier politique, en retravaillant la stratégie de recrutement de ses militants et de ses responsables, et en procédant à un important renouvellement de ses organes de base en 1996, 2002 et 2007 qui ont permis chaque fois à ce parti d’avoir un nouveau souffle ».

Le RDPC règne sans partage d’autant plus qu’en face, l’opposition brille par une faible implantation, avec le confinement de la vingtaine de partis politiques vraiment actifs dans leurs fiefs ou tout au plus dans quelques grands centres urbains.

Du coup, en plus d’être l’unique formation politique pouvant présenter des candidats partout, le RDPC se retrouve très souvent seul candidat en lice dans de très nombreuses de circonscriptions. Comme aux régionales où il n’avait pas de concurrent dans 34 départements sur 58. 

Déficit de structuration

Outre leur faible implantation, Moussa Njoya note le déficit de structuration interne des partis d’opposition. « En dehors du président et du secrétaire général, c’est le vide. Ce qu’on appelle la dialectique du noyau dur et de la case vide. En outre, la plupart des partis politiques disposent de peu de ressources humaines et surtout matérielles pour pouvoir faire face au RDPC qui dispose d’énormes ressources officielles et officieuses. Il a au moins un milliard de financement par an à côté des contributions des élites de tous les coins à chaque événement », note le politologue.

Ce dernier pointe aussi « le déficit d’ancrage idéologique et de propositions programmatiques des partis d’opposition. Au-delà des slogans tels “Paul Biya doit partir” “Il faut le changement”, ces partis ne proposent pas quelque chose de concret, visible et lisible ».

Un acteur politique proche de l’opposition fait aussi observer que les choix parfois très discutables de ses leaders ressemblent fort à une passe au RDPC. « Si le MRC n’avait pas opté pour le boycott des dernières législatives et municipales, sans doute la carte communale ne serait pas la même et l’Assemblée nationale présenterait un autre visage », se convainc-t-il.

Et pour Moussa Njoya, le contrôle sans partage du RDPC « n’est naturellement pas une bonne chose pour la démocratie, ce d’autant que c’est de la contradiction que nait l’évolution ». Le politologue explique que le parti au pouvoir a alors tendance à dormir sur ses lauriers ou à ne pas faire montre de beaucoup d’imagination. Car, conclut-il, en l’absence de toute concurrence, les gens sont enclins à ne pas trop s’investir.

Dominique Mbassi

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