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Scène politique : SDF, la fin d’une épopée

Scène politique : SDF, la fin d’une épopée

Paru le jeudi, 09 avril 2020 08:45

Le Social Democratic Front (SDF) n’a pas pu sauver son groupe parlementaire. Le parti politique d’opposition a perdu la bataille électorale aux législatives partielles du 22 mars dernier, dans 11 circonscriptions des régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Les résultats desdites élections rendus publics ce 7 avril à Yaoundé par le Conseil constitutionnel du Cameroun, confortent le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) d’un supplément de 13 sièges de députés portant ainsi à 153, l’effectif de ses élus à la Chambre basse du Parlement.

Le parti du chairman John Fru Ndi va donc se contenter de cinq députés. Comparativement aux 18 députés qui siégeaient pour son compte lors de la dernière législature, le SDF subit une réduction de plus de 75% de son effectif parlementaire. Des figures influentes du parti perdent ainsi leur écharpe tricolore à l’instar de Joseph Mbah-Ndam, Paul Nji Tumasang, Simon Fobi Nchinda Théodore Datouo, Cyprian Awudu Mbaya…

Crise anglophone

« Nous respectons la décision du Conseil constitutionnel. Nous pensons que la vie d’un parti politique ne se résume pas autour d’une élection. Nous allons continuer à nous battre pour représenter les intérêts de toutes ces populations qui sont spoliées de leur droit de voter », se résout Joshua Osih, vice-président du SDF.

Ce candidat malheureux à la dernière élection présidentielle (4e avec 3,35% des suffrages), récemment porté au poste de questeur de l’Assemblée nationale, attribue la contreperformance du SDF aux récentes consultations électorales à la crise anglophone qui sévit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (Noso).

Ce fief du SDF, vivier de près d’un million d’électeurs (soit 1/6 de l’électorat), a connu un déplacement de sa population (300 000 déplacés selon le gouvernement) du fait de l’insécurité. « En gros, 90 % de nos militants ne sont pas allés au vote », prétend Joshua Osih. Toute chose qui expliquerait le taux de participation de 9,5% enregistré dans le Noso aux législatives partielles.

L’effet Kamto

Mais la crise sécuritaire ne justifie pas à elle seule cette perte d’influence du SDF. Selon l’historien et analyste politique Ahmadou Sehou, auteur de l’ouvrage « L’opposition en panne », « le SDF est installé sur une mauvaise trajectoire. Il a perdu son électorat de l’Ouest et du Littoral au profit du MRC avec l’arrivée sur la scène politique nationale pour la première fois d’un leader politique Bamiléké d’envergure ».

Un avis partagé par Moussa Njoya, doctorant en science politique à l’université de Yaoundé II. « Le mot d’ordre du boycott lancé par le MRC a beaucoup joué sur les candidats du SDF. Cela s’est largement observé à Douala et à l’Ouest », avance cet observateur de la scène politique.

De l’avis du journaliste et écrivain Jean Bruno Tagne, le résultat du SDF au municipales et aux législatives « est tout simplement la suite, on pourrait dire logique, de la dégringolade que le SDF observe ces dernières années. En réalité, le SDF a perdu de son aura », constate-t-il.

En effet, de 1996 à 2013, le nombre de députés du SDF à l’Assemblée nationale est passé de 43 sièges à 18 en 2013. Sur la même période, ce parti est passé de 61 communes sur 360 à 22 lors des élections municipales de 2013. Et à ce jour, le parti créé en 1990 à Bamenda ne compte plus que 4 mairies sous sa bannière.

Quel avenir ?

Amaigri du point de vue du nombre d’élus, rongé par les luttes intestines, bousculé dans son fief par le parti au pouvoir, victime de la crise anglophone et de l’arrivée du MRC, l’avenir du SDF semble désormais sujet à caution selon Ahmadou Sehou. « Le SDF va continuer inexorablement sa descente aux enfers avec un risque réel d’effacement » soutient-t-il. D’après Moussa Njoya, le SDF doit faire une refonte structurelle. Ce d’autant plus que sa voix est de moins en moins audible dans le débat public enflammé par Maurice Kamto et le Mouvement pour la renaissance du Cameroun.

Pour mémoire, dans les années 90, le SDF incarnait l’opposition « frondeuse », « dissidente », « révolutionnaire » voire « insurrectionnelle ». Il avait le leadership devant l’UPC, l’UNDP, l’UDC, etc. qui faisaient partie de l’opposition « républicaine ». « Aujourd’hui le SDF a visiblement rejoint les rangs de cette opposition responsable », relève Moussa Njoya. 

De ce point de vue, ajoute-t-il, le parti de John Fru Ndi « risque fortement finir comme un parti historique confiné dans des poches régionales, voire tribales, principalement dans le Nord-Ouest ». Et dans un cas comme dans l’autre, le constat est que l’influence du parti de la balance s’est réduite comme peau de chagrin.

Baudouin Enama

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Dernière modification le jeudi, 09 avril 2020 09:28

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