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Concours d’entrée à l’Enam : vague de contestations après la publication des résultats 2020

Concours d’entrée à l’Enam : vague de contestations après la publication des résultats 2020

Paru le vendredi, 09 octobre 2020 15:47

Dès leur publication le 4 octobre 2020, les résultats des différents concours d’entrée à l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam), qui forme la plupart des hauts cadres de l’administration publique, ont aussitôt provoqué un tollé général. Au sein de l’opinion, de multiples voix continuent de s’élever pour dénoncer la corruption, le favoritisme et autres pratiques dolosives qui auraient émaillé leur organisation.

La première salve est tirée par l’activiste bien connu Boris Bertolt. « Le ministre de la Fonction publique vient de signer des arrêtés portant admission définitive des candidats aux différents concours directs de l’Enam. De mémoire de journaliste, je n’ai jamais vu autant de noms d’une même famille admis à un concours de L’Enam en une seule année », écrit ce dernier.

Plus loin, il se veut plus précis : « En parcourant ces différents arrêtés, un constat flagrant se dégage : la consécration de la suprématie d’une famille, en l’occurrence celle du top management de ladite école, le DG Pierre Bertrand Soumbou Angoula ». Ce dernier a été nommé à ce poste le 14 décembre 2018 par décret présidentiel.

Suprématie d’une famille

Les proches de Soumbou Angoula s’insurgent contre ce qu’ils considèrent comme une cabale contre le DG de l’Enam. « Depuis un certain temps, des esprits malveillants commandités par les forces du mal, tentent de jeter l’opprobre et l’anathème sur le directeur général de l’Enam, sous le fallacieux prétexte d’avoir déséquilibré les résultats du dernier concours de l’Enam en faveur de sa communauté originelle », réagit le président de la section RDPC (parti au pouvoir) de la Haute-Sanaga sud-est, au nom de l’élite et des forces vives de Lembe-Yezoum, la localité d’origine du DG.

« Cette situation déplorable ne peut laisser longtemps insensibles les hommes de bonne foi qui apprécient à sa juste valeur le travail titanesque qu’abat Pierre Bertrand Soumbou Angoula pour hisser définitivement l’Enam au panthéon des grandes écoles professionnelles à travers le monde », veut-il se convaincre.

Cette réaction, loin de mettre fin à la polémique, la ravive plutôt. En plus des accusations de favoritisme, celles de corruption fusent de toutes parts. Un candidat malheureux de la section administration générale met le DG sur la sellette. En effet, dans un recours gracieux adressé le 5 octobre au ministre de la Fonction publique, Joseph Le, Ahmadou Yaya, né en 1990, s’insurge contre l’admission définitive d’autre Ahmadou Yaya.

Admission curieuse

Il précise que ce dernier, né en 1993, n’a jamais composé ni signé les fiches de présence. Sa place est restée déserte pendant les épreuves. Le requérant, seul à avoir composé et été admissible, s’étonne qu’à la publication des résultats définitifs, son nom disparaisse au profit de celui qui n’a ni composé ni été admissible.

Un autre candidat aux derniers concours ne cache pas sa frustration : « J’ai fait l’Enam quatre fois. Les trois premières fois, moi-même je doutais de mes performances. Mais cette année, j’ai pris un an plein pour préparer l’Enam et je savais que je devais être meilleur. Mais j’ai été admissible et ensuite recalé à l’oral ». Plus que sa frustration, il dénonce l’arnaque de beaucoup de ses camarades par un proche collaborateur du DG.

Comme si cela ne suffisait pas, voilà que le 6 octobre, le Mouvement 10 millions de Nordistes, créé pour défendre les intérêts des ressortissants des trois régions septentrionales, crie à la marginalisation. « Le ministre de la Fonction publique a rendu publics le 4 octobre 2020 des résultats d’une révoltante violence à l’égard des régions de l’Extrême-Nord, du Nord et de l’Adamaoua », écrit Guibai Gatama, son coordonnateur.

« Seulement 75 candidats originaires des trois régions septentrionales ont été admis à ces concours sur les 417 nouvelles recrues, soit un taux de 17,9%, très loin des 30% de places affectées à cette partie du pays par les textes en vigueur organisant les concours d’entrée à la fonction publique au Cameroun », précise celui qui est par ailleurs patron du journal régional L’œil du Sahel.

Reproduction de l’élite dirigeante

Ce n’est pas la première fois que les concours d’entrée à l’Enam suscitent tant de controverse. Depuis plus de 10 ans, ils sont régulièrement au centre de toutes sortes de dénonciations et de pratiques peu orthodoxes. Par exemple, il n’y a pas si longtemps, un candidat décédé avant les épreuves orales avait curieusement été admis définitivement. L’année dernière, des noms de candidats figuraient dans les listes des admissibles de plus d’une filière alors tous les examens ont lieu le même jour. De plus, les témoignages des candidats ou des parents ayant déboursé d’importants sommes d’argent pour des résultats positifs ou négatifs sont légion.

Un ancien DG de l’Enam, tout en se gardant de réagir sur les accusations de corruption, de clientélisme ou de trafic d’influence, admet au moins que « tout DG de l’Enam, chaque fois qu’il lance les concours, est l’objet d’intensions pression de toute la classe dirigeante ». Et la valse des DG à la tête de cette prestigieuse école n’y a rien changé. Si bien que pour Joshua Osih, vice-président du Social Democratic Front (SDF) et député à l’Assemblée nationale, il urge de la fermer définitivement. Tant pour le commun des Camerounais, elle apparait davantage comme un haut lieu de reproduction de l’élite dirigeante.

Dominique Mbassi

Lire aussi :

Oui, il y a eu des anomalies dans la liste des admis à l'Enam, session 2019

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