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Grand dialogue national : la mise en œuvre des recommandations provoque des grincements de dents

Grand dialogue national : la mise en œuvre des recommandations provoque des grincements de dents

Paru le mercredi, 10 juin 2020 04:01

L’implémentation des recommandations du Grand dialogue national (GDN) fait l’objet de critiques. La récente sortie médiatique du Dr Simon Munzu en est une illustration. Défenseur d’un retour au fédéralisme, cet universitaire a été un acteur de premier plan dans l’organisation de cette initiative de concertation convoquée du 30 novembre au 4 octobre 2019 par le chef de l’État, Paul Biya, pour « examiner les voies et moyens de répondre aux aspirations profondes des populations du Nord-ouest et du Sud-ouest (NoSo) ».

Statut spécial

L’estocade de Simon Munzu porte sur le « statut spécial » conféré aux régions anglophones. Le président de la Commission « Reconstruction et développement des régions touchées par la crise » au GDN émet des réserves sur la manière dont le pouvoir exécutif a traduit ce « statut spécial », dont le contenu a été laissé à sa discrétion. « Nous avons tous retenu notre souffle et attendu avec beaucoup d’impatience que le gouvernement en donne le contenu. Nous avons fini par être très déçus », a-t-il déclaré dans une interview publiée ce lundi 8 juin par le journal The Sun.

Dans cette sortie critique, l’ancien secrétaire national aux affaires économiques et sociales au secrétariat général du Comité central du RDPC s’attaque à la loi portant Code général des collectivités des territoires décentralisés. Notamment sur certaines dispositions contenues dans la partie V du livre IV intitulé « Statut spécial des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ». « Je regrette de dire que ces dispositions ne contiennent rien qui confère un “statut spécial” significatif aux deux régions anglophones. Il est difficile de voir comment elles peuvent conduire à la résolution du problème anglophone », charge Simon Munzu.

Conseils régionaux

Au sujet des dispositions liées à la dévolution du pouvoir par exemple, les deux régions anglophones n’ont pas de pouvoirs différents de ceux dont jouissent les régions francophones, constate Simon Munzu. En effet, les conseils régionaux des régions anglophones comprennent 90 membres reflétant la composition sociologique de la région. C’est également le cas pour les huit autres régions francophones du pays à la différence que, dans les régions anglophones, la loi stipule que 20 des 90 conseillers régionaux doivent être des chefs traditionnels, alors que dans les régions francophones, le nombre de chefs traditionnels est laissé à l’appréciation de chaque conseil en fonction de ses réalités sociologiques locales. De l’avis du principal artificier de la première All Anglophone Conference (AAC) de 1993, cette disposition ne serait qu’une « illusion » pour montrer que « dans les deux régions anglophones, nous avons maintenant une “House of Assembly” et une “House of Chiefs” comme à l’époque de la Fédération », commente-t-il.

Explications

Au ministère la Décentralisation et du développement local (Minddevel), la sortie de Dr Munzu sonne faux. « La lecture de Dr Munzu n’est pas tout à fait exacte. Les régions du NoSo vont bénéficier de compétences non prévues dans les huit autres », soutient un cadre de ce département ministériel. D’après ce dernier, la loi portant Code général des collectivités territoriales décentralisées reconnaît les spécificités des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest par rapport aux huit autres. Bien plus, « ce texte traduit en actes, la volonté longtemps exprimée par les populations desdites régions d’être mieux impliquées dans la gestion de leurs affaires. Il faut bien le reconnaître, en acceptant d’accorder le statut spécial aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, l’État a accepté de se départir d’un ensemble de ses prérogatives », ajoute-t-il.

En termes de spécificités de ces deux régions, il y a, entre autres, « la participation à la définition des politiques publiques nationales relatives au sous-système éducatif anglophone, la possibilité de création et de gestion des missions régionales de développement et la participation à l’élaboration du statut de la chefferie traditionnelle, dont nul ne peut douter de l’importance ici. Bien plus, elles peuvent être consultées sur les questions liées à l’élaboration des politiques publiques de la justice dans le sous-système de la Common Law et même leur association à la gestion des services publics implantés dans leurs territoires », déroule notre source.

Toujours dans le but de répondre aux revendications anglophones, la loi portant promotion des langues officielles au Cameroun adoptée par le Parlement a été promulguée le 24 décembre dernier par le chef de l’État. De même que le gouvernement a engagé le chantier de la reconstruction de ces deux régions où les infrastructures de base ont été détruites durant cette crise. Selon le comité de pilotage du plan présidentiel de reconstruction et de développement des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest coordonné par Paul Tasong, 36 milliards de FCFA seront mobilisés pour la première année des travaux, lesquels débuteront dans les zones déjà pacifiées.

Impatience ?

Ces dernières semaines plusieurs leaders d’opinion issus de la zone anglophone du pays ont pris la parole pour critiquer la mise en œuvre des résolutions du GDN. Dans ce registre on peut évoquer les propos de Christopher Fomunyoh, rapportés le 1er juin dernier par nos confrères du quotidien le Jour. « Il faut reconnaître que les atrocités continuent. Certaines élites qui avaient soutenu les assises du Grand dialogue national peinent à identifier son impact réel sur les populations », a-t-il déclaré.

Quelques jours plutôt, c’est le Social Democratic Front (SDF) qui s’est exprimé par la voix de son secrétaire général, Jean Tsomelou. « Nous aurions souhaité que Paul Biya nous dise ce qu’il a fait du Grand Dialogue National avec le statut spécial et autres recommandations qui ont été faites à cette occasion. », s’insurgeait-il à la suite du discours prononcé par le président camerounais, le 19 mai 2020.

Baudouin Enama

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