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Levée de boucliers autour de la ‘’Rencontre fraternelle du Sud’’ initiée par Jacques Fame Ndongo

Levée de boucliers autour de la ‘’Rencontre fraternelle du Sud’’ initiée par Jacques Fame Ndongo

Paru le lundi, 18 octobre 2021 14:44

La toute première "Rencontre fraternelle du Sud" (Refras), initiée par Jacques Fame Ndongo, hiérarque du parti au pouvoir et ministre de l’Enseignement supérieur depuis 17 ans, a rassemblé près de 300 personnalités le 16 octobre 2021 à Ebolowa, la capitale de la région d’origine du président de la République.

Dans son exposé inaugural, l’initiateur du Refras et modérateur des travaux a fait l’inventaire « des réalisations du Renouveau dans la région du Sud, et a invité les populations à consolider les acquis ainsi qu’à garder espoir en l’avenir », d’après le communiqué final.

A l’issue des assises, il a été recommandé qu’un comité de suivi présidé par le président du Conseil régional du Sud et chargé du suivi-évaluation des recommandations soit mis sur pied. A charge pour cette instance d’«élaborer une matrice d’actions de développement à mettre en œuvre à court et à moyen termes pour permettre à la région du Sud de rattraper les autres régions dans les domaines où elle est en retard ».

Par exemple, le communiqué note le retard de la région du Sud relativement au développement des infrastructures, au développement infrastructurel en eau, en électricité, en routes et en TIC. Pour y remédier, il a été recommandé que la Refras « s’inscrive dans une perspective de pérennité, avec une périodicité annuelle ».

Constante sollicitude du président de la République

Pourtant, les élites reconnaissent elles-mêmes la sollicitude constante du chef de l’Etat à l’égard du Sud. Et elles n’ont pas tort. Dans un exercice auquel il se livre régulièrement, le journal L’œil du Sahel, qui revendique son ancrage dans les trois régions septentrionales du pays, note par exemple qu’en termes de postes au sein du gouvernement, dans les sociétés d’Etat et dans la haute administration, le Sud est la région la plus choyée du pays.

Pas surprenant donc que la Refras, portée par les fils et filles pour le développement local, fasse jaser. Notamment parce qu’elle a connu la participation des personnalités issues d’autres régions invitées dans le seul dessein de dresser la cartographie des réalisations et des besoins du Sud.

Le cas du ministre des Travaux publics (Mintp), Emmanuel Nganou Djoumessi, qui a dessiné la carte routière de la région. « La région du Sud totalise 10 705,71 km de routes, dont 38,5 km de voie autoroutière, 1267,54 km de routes régionales dont 169,35 km déjà bitumées et 8034,35 km de routes communales, avec 97,90 km bitumés. Plusieurs grands projets sont en cours, d’autres programmés et en attente de démarrage », précise un communiqué du Mintp.

Les cas aussi du ministre de l’Eau et de l’Energie, Gaston Eloundou Essomba, ou du directeur général du Fonds national de l’emploi, Camille Mouthe à Bidias, qui a gratifié l’assistance d’un exposé sur la stratégie propre au Sud pour lutter contre le chômage des jeunes. Mais cette participation n’est pas le seul reproche fait à la Refras.

Le MRC dénonce un encouragement du repli identitaire

Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), parti de l’opposant Maurice Kamto, « dénonce avec vigueur la tenue de ce type de rencontre, en marge des institutions républicaines », à laquelle il a été convié, dans un communiqué signé le 17 octobre par son secrétaire général, Appollinaire Legrand Oko.

Le parti fait observer que « le Cameroun dispose, à l’échelle régionale, des institutions qui constituent le cadre formel de discussion et de prise des décisions visant à résoudre les problèmes des citoyens. La participation de nombreuses personnalités à cette rencontre, en dehors d’un cadre institutionnel, est un message dangereux envoyé à l’opinion nationale ».

Le MRC « observe par ailleurs que le régime autorise et encourage le repli identitaire dans la région du Sud, alors qu’il ne le tolère nulle part ailleurs au Cameroun ». Il invoque la « All Anglophones Conference », initiative portée par feu le cardinal Christian Tumi. « Sa volonté de voir se tenir cette conférence pour les deux régions en crise du Sud-Ouest et du Nord-Ouest se heurta au refus non négociable du régime jusqu’à son décès », s’offusque le communiqué. Celui-ci justifie le refus du parti de prendre part à ces assises par « cette logique dangereuse du deux poids deux mesures entre les différentes régions de notre pays ».

Interdiction du « Mouvement 10 millions de Nordistes »

Le « Mouvement 1O millions de Nordistes », qui milite pour une meilleure prise en compte des intérêts des trois régions de l’Adamaoua, de l’Extrême-Nord et du Nord, se joint au MRC pour nourrir la polémique sur la Refras. « Nous avons aussi le droit et le devoir de nous réunir, de discuter, dans le respect de la République », note Guibai Gatama, le coordonnateur national de ce mouvement.

Celui-ci a été interdit de toute activité par le ministre de l’administration territoriale, Paul Atanga Nji, par arrêté pris le 18 novembre 2020, pour son « caractère belliqueux et illégal » et ses « initiatives antirépublicaines » visant « à diviser les Camerounais, en les appelant de manière insidieuse et sournoise à se dresser les uns contre les autres ». De plus, motive le Minat, les objectifs de ce mouvement « vont à l’encontre des idéaux de paix, d’unité et d’intégration nationales inscrits dans la Constitution ».

Or, oppose Guibai Gatama, le « Mouvement 10 millions de Nordistes » n’a jamais organisé ni marche ni manifestation et encore moins sollicité une quelconque autorisation. Pour plusieurs sources, Paul Atanga Nji a juste succombé à des pressions du sérail. Lequel, à leurs avis, est très embarrassé par les dénonciations du mouvement démontrant effectivement que les régions septentrionales sont lésées dans la mise en œuvre des politiques publiques.

Dominique Mbassi

Dernière modification le lundi, 18 octobre 2021 14:51

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