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Charlotte Dipanda réveille les démons de l’alternance

Charlotte Dipanda réveille les démons de l’alternance

Paru le mardi, 26 mai 2020 19:45

Une sortie risquée. Ainsi pourrait-on qualifier le passage de Charlotte Dipanda ce 22 mai 2020 sur les antennes de la chaine de télévision Voice Of America (VOA). Invitée du programme Vous+Nous, la chanteuse camerounaise a exprimé son désir de voir l’alternance à la tête de l’État du Cameroun.  « J’avoue que moi par exemple je n’ai connu que le président actuel. Qu’est-ce que ça me ferait du bien d’avoir une autre proposition, de se dire que c’est une autre époque qui est inéluctablement révolue », a-t-elle déclaré.

Et de poursuivre : « Moi je pense qu’il est temps qu’on nous propose autre chose. Il est temps que le Cameroun se développe. Parce que tant qu’il n’y a pas d’alternance, il n’y a pas véritablement de développement possible. Je pense que l’État actuel est arrivé à bout de ce qu’il pouvait proposer au Cameroun et que, humblement, il gagnerait à céder la place à une nouvelle gouvernance. Sans rancune ».

Tollé

Les extraits de cette interview irradient les réseaux sociaux. Les propos de Charlotte Dipanda divisent les fans et suscitent des commentaires de tout ordre. Pour la franche critique de l’opinion, l’auteur du titre à succès « Coucou » a franchi la ligne rouge. Selon l’écrivaine camerounaise, Marthe Cécile Micca, la chanteuse aurait dû éviter de prendre position sur une question politique aussi clivante que l’alternance.

« Dites à Mme Dipanda qu’on n’est pas obligé d’avoir une opinion sur tout, car produire une réflexion intellectuelle ça demande du temps et quand on parle sans prendre le temps de réfléchir en général ça se passe mal. Elle chante bien, mais est-elle assez compétente pour aborder des sujets politiques ? », a-t-elle réagi.

Sur Facebook, l’affaire provoque l’indignation chez certains internautes. « Charlotte Dipanda, notre très talentueuse vedette, l’alternance n’est pas un simple vœu, mais elle se construit avec le peuple camerounais. Pour l’instant, l’immense majorité du peuple camerounais a jeté son dévolu sur le président Paul Biya, ton président. Celui devant qui tu as presté à l’ouverture de la CAN féminine en 2016. Là, en matière de gombo (cachet reversé aux artistes : NDLR) tu ne savais pas que l’alternance existait », charge un membre du forum « Le Cameroun C’est le Cameroun ».

Rescousse

Dans cette avalanche de critiques, des voix se lèvent en soutien à charlotte Dipanda. C’est le cas du député et président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN). « Objection de conscience de la part des personnes publiques où ayant acquis une remarquable notoriété dans un domaine d’activité est une marque d’implication qu’il faut encourager. Il est donc souhaitable que les artistes en l’occurrence, s’adressent davantage à leurs fans », a formulé Cabral Libii sur son compte Twitter.

Une position partagée par l’anthropologue et sociologue Claude Abe qui pense qu’« il ne faut surtout pas verser dans le travers des fatwas reproché aux autres. Ces artistes ont droit à une opinion ». Avec Richard Bona, Valsero, Longuè Longuè… Charlotte Dipanda rallie le bord des artistes musiciens dissidents vis-à-vis du pouvoir à travers cette sortie polémique.

« Ne dure pas au pouvoir qui veut »

Au sein du régime de Yaoundé, on postule que l’alternance à la magistrature suprême n’est pas un sujet tabou, à condition qu’elle se fasse selon les mécanismes institutionnels et constitutionnels. Vainqueur de l’élection présidentielle d’octobre 2018 avec 71,28 % des suffrages, le mandat de Paul Biya court jusqu’en 2025.

De ce point de vue, au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, on soutient que « ces chantres de l’alternance n’ont qu’à attendre la prochaine présidentielle dans cinq ans. Le moment venu ils soutiendront le candidat de leur choix ».

Lors de l’unique visite du président François Hollande au Cameroun en juillet 2015, le président Paul Biya a été interrogé sur « sa longévité au pouvoir ». À cette question posée par un reporter de France 2, l’homme du 6 novembre 1982 avait répondu par une boutade. « Ne dure pas au pouvoir qui veut, mais qui peut ». Et d’ajouter : « Je ne suis pas à la tête de l’État par la force. Je n’ai pas acquis le pouvoir de manière dictatoriale. J’ai toujours été élu par le peuple ».

Baudouin Enama

Dernière modification le mardi, 26 mai 2020 19:46

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