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Électorat de l’Ouest : Shanda Tonme peut-il réduire l’influence de Maurice Kamto ?

Électorat de l’Ouest : Shanda Tonme peut-il réduire l’influence de Maurice Kamto ?

Paru le vendredi, 29 mai 2020 05:57

« Je me sens le devoir de réitérer que la transition est enclenchée au Cameroun, qu’on le veuille ou non ». Ainsi s’exprimait Jean-Claude Shanda Tonme le 11 avril 2020. Cette déclaration traduit certainement l’État d’esprit de ce diplomate de formation qui vient de décrocher l’autorisation de faire fonctionner le « Front populaire pour la réconciliation et la relance (FPR) ».

Le 317e parti politique reconnu par le ministère de l’Administration territoriale (Minat) a pour objectif de « réconcilier les gens partout où la haine, la mésentente, les querelles, les malices, les ruses et les égoïsmes ont généré des fractures, brisé des liens et compris la coexistence pacifique ». Le mouvement vise aussi à « amener les citoyens et citoyennes partout où ils vivent à tourner le dos aux confrontations, aux haines ruineuses, au tribalisme et aux défaillances comportementales vexatoires ».

Dans la classe politique, la décision signée le 27 mai dernier par le ministre Paul Atanga Nji, consacrant la sortie des fonts baptismaux du parti de Shanda Tonme ne passe pas inaperçue. Des acteurs politiques de l’opposition soutiennent même que l’entrée en scène du FPR vise à fragiliser le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto. Deuxième force politique du pays avec 14,28% obtenu lors de l’élection présidentielle de 2018, derrière le RDPC parti au pouvoir (71%), le MRC est, entre autres, réputé influent auprès de l’électorat originaire de l’Ouest.

Aux sources de la suspicion

Pour certains analystes politiques, ce regard « suspicieux » posé sur le FPR est pour le moins « compréhensible ». Le premier argument avancé pour le justifier est puisé dans l’histoire politique du Cameroun. Depuis le retour au multipartisme avec 1990, la naissance du Social Democratic Front (SDF) et la mise sur pied de l’Union pour le changement, l’on observe qu’il y a fort activisme dans les régions de l’Ouest (Nord-Ouest, Sud-Ouest et l’Ouest), autrefois bastion du SDF.

Pour l’analyste politique Njoya Moussa, ce groupe occupe donc une place majeure sur le landerneau politique. « Depuis les années 90, les gens estiment que l’opposition camerounaise est en grande partie animée par cette communauté. Au-delà des appréciations qualitatives, nous avons une manifestation quantitative qui permet de confirmer la perception selon laquelle les peuplades du Grand-Ouest ou les leaders d’opinion de ces régions seraient des acteurs déterminants de l’opposition camerounaise », commente-t-il.

L’élection présidentielle de 2011 en donne une illustration. En effet, sur les 21 candidats en lice pour cette présidentielle, neuf venaient de la région de l’Ouest. Toute chose qui explique l’intérêt que cet électorat représente aux yeux du pouvoir et surtout pour les partis de l’opposition.

Lâ’akam   

La trajectoire de Shanda Tonme participe également à nourrir le relent suspicieux de l’opposition. En effet, outre son engagement au sein de l’Union pour le changement et son rôle dans la coordination des partis d’opposition pour l’organisation au Cameroun d’une Conférence nationale souveraine revendiquée à cor et à cri dans les années de braise, l’universitaire a basculé depuis dans la société civile.

Il a fondé la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (Comicodi) et contribué à la création d’une mystérieuse association dénommée Lâ’akam (case sacrée, lieu d’initiation du prince héritier chez les Bamiléké). Point commun entre ces deux organisations : « la lutte contre la marginalisation des Bamiléké ».

Shanda Tonme s’est donc longtemps positionné comme un héraut de la communauté Bamileké voire un porte-flamme qui n’hésite pas à aller en guerre contre les autres pour défendre les siens. Illustration : « Ils [les Betis] gèrent 75% du budget de l’État au regard de la répartition des responsabilités entre 2000 et 2012. Et puis, les grands projets dits structurants, c’est encore tous au Sud et le Centre... Comment pensez-vous qu’avec près de 50% de la population, les Bamilékés ne soient que 7% de cadres dans tous les corps de sécurité confondus, c’est-à-dire armée, police, gendarmerie, garde présidentielle ? », écrivait-il en février 2012 dans une tribune libre intitulée « Cameroun : L’après Biya et les Bétis ».

Challenger inquiétant ?

Au MRC, cette entrée en scène de Shanda Tonme agace et les officiels du parti semblent éviter de s’exprimer publiquement sur le sujet. Dans l’entourage de Maurice Kamto, l’on allègue que « le FPR et son leader s’inscrivent dans une logique de marchandage où il se positionne comme étant le meilleur adversaire Bamilélké de Kamto. Celui qui peut mettre les bâtons dans les roues du MRC. Il est dans un deal politique et tout ce qu’il vend c’est sa grosse gueule ».

Un point de vue que partage l’historien et analyste politique Ahmadou Sehou. « Shanda Tomne n’a pas le leadership de Kamto. Sa démarche ne vise pas à conquérir des parts de marché politique avec ce mouvement », décrypte l’auteur de l’ouvrage « L’opposition en panne ». Le nouveau discours du diplomate de formation suggère pourtant le contraire. Autrefois « défenseur » d’une communauté, Shanda Tomne se pose aujourd’hui en « réconciliateur ».

Ces dernières semaines, le président du Comiccodi a enchaîné des critiques à l’endroit du parti de Maurice Kamto. Notamment au sujet de l’initiative « Survie Cameroun » jugée « illégale » par le Minat et visant à collecter des dons « prétendument » destinés à la lutte contre le Covid-19. « Dites-moi, vous avez des dons à faire, mais pourquoi ne pas le faire directement, ensuite, pourquoi ne pas le faire au nom de votre parti qui est connu et reconnu, respecté et implanté dans le pays ? » déclarait-il dans une récente interview.

En tout cas sur les réseaux sociaux, le lancement du FPR a déclenché une levée de boucliers contre Shanda Tonme, provoquant un affrontement entre ses soutiens et les activistes acquis à la cause de Maurice Kamto. La bataille a déjà commencé !

Baudouin Enama

Dernière modification le vendredi, 29 mai 2020 06:01

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