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Affaire Martinez Zogo : 17 personnes devant la barre, dont trois agents de la DGRE accusés d’assassinat

Affaire Martinez Zogo : 17 personnes devant la barre, dont trois agents de la DGRE accusés d’assassinat

Paru le lundi, 04 mars 2024 16:25

L’enquête dans l’affaire Martinez Zogo, du nom de l’animateur retrouvé mort en janvier 2023 à Ebogo, un quartier de la petite ville universitaire de Soa, est officiellement bouclée. Le juge d’instruction du Tribunal militaire de Yaoundé en charge de cette affaire, le lieutenant-colonel Narcisse Perrin Nzié, a rendu une ordonnance de renvoi le 29 février 2024. D’après ce document de 20 pages, que SBBC a consulté, 17 personnes sont envoyées devant la barre pour des motifs divers en vue de l’ouverture du procès à une date qui reste à préciser.

Parmi celles-ci, on compte trois agents de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), le service de contre-espionnage camerounais, accusés d’avoir assassiné l’animateur. Il s’agit de Daouda, Lamfu Jonhson Ngam et Stéphane Tongue Nana. « L’exploitation des données de localisation a permis de découvrir qu’après l’exécution de cette opération connue (arrestation et torture, NDLR), Tongue Nana est repartie à Ebogo accompagné de Daouda et Lamfu Jonhson pour la seconde opération (…) qui a abouti à la mort de Martinez Zogo alors laissé en vie par les premiers tortionnaires », soutient le juge d’instruction.

À en croire l’ordonnance de renvoi, cette deuxième opération, qui a conduit à la mort par strangulation de Martinez Zogo à l’aide d’une corde, a été coordonnée, comme la première, par le lieutenant-colonel Justin Danwe, alors directeur des opérations de la DGRE et de fait N° 2 de ce service de renseignement, et Martin Savom, maire de la commune de Bibey, arrivée à Yaoundé la veille de l’enlèvement de l’animateur. C’est pourquoi ils devront répondre de l’accusation de complicité d’assassinat. Le juge d’instruction a donc suivi la requalification des faits contenue dans les réquisitions supplétives du commissaire du gouvernement.  

En plus, pour leur participation à la première opération, Justin Danwe, Daouda, Lamfu Jonhson Ngam et Stéphane Tongue Nana doivent également répondre des charges de complicité d’arrestation et de séquestration, complicité de torture et violation de consignes. Alors que le maire de Bibey est en plus poursuivi pour complicité de torture.

Réaction de la partie civile

L’homme d’affaires Jean Pierre Amougou Belinga et le commissaire de police Léopold Maxime Eko Eko, patron de la DGRE au moment de faits, accusé d’être les commanditaires de l’opération de torture du chef de chaine de radio Amplitude FM, sont poursuivis pour complicité de torture. Cette charge est retenue contre Léopold Maxime Eko Eko notamment parce que, plusieurs employés de la DGRE affirment que depuis 2015, il a ordonné la surveillance de Martinez Zogo dans le cadre du dossier « presse » ; et contre Amougou Belinga notamment parce ce qu’il a reçu Justin Danwé la veille et le lendemain de l’opération, respectivement pour le rassurer sur l’état des préparatifs et pour lui faire un compte rendu, selon l’ordonnance de renvoi.   

D’autres agents de la DGRE, le journaliste Bruno Bidjang, un usurpateur d’identité et un gérant d’une société de location de voitures font également partie des personnes devant répondre de leur participation aux évènements qui ont conduit à l’assassinat du chef de chaine d’Amplitude FM. Toutes les 17 personnes envoyées devant la barre sont actuellement incarcérées. La plupart risquent la prison à vie.

L’avocat des ayants droit de Martinez Zogo se dit partiellement satisfait. « Il ne peut y avoir de distinction entre les inculpés. Il y a un fait indiscutable. Martinez Zogo est décédé et des individus en sont les auteurs et commanditaires. La seule qualification possible, c’est assassinat », estime Me Calvin Job. De leur côté, les avocats d’Eko Eko ont décrié, dans un communiqué, le fait que leur client est mis en examen « sans autres supports légal ou factuel que les déclarations mensongères et fluctuantes du lieutenant-colonel Justin Danwe ». Pour sa part, Me Charles Tchoungang continue de clamer l’innocence de son client, Amougou Belinga. L’ancien bâtonnier souhaite d’ailleurs que le procès soit diffusé à la télévision pour que tout le monde s’en rende compte. 

Ludovic Amara  

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