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Crise anglophone : Human Rights Watch accuse de nouveau l’armée d’avoir tué des civils

Crise anglophone : Human Rights Watch accuse de nouveau l’armée d’avoir tué des civils

Paru le vendredi, 05 février 2021 13:15

Les forces de défenses camerounaises de nouveau accusées d’exactions dans le cadre de la crise anglophone qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis octobre 2016. Jeudi 4 février, Human Rights Watch (HRW) a imputé à l’armée la mort d’« au moins neuf civils » en janvier dernier à Mautu, localité de l’arrondissement de Muyuka (Sud-Ouest).

« Les recherches de HRW indiquent que les forces gouvernementales ont délibérément tué des civils à Mautu. Des témoins et des habitants ont déclaré que les soldats sont entrés dans le village à pied le 10 janvier vers 14 heures, avant de commencer à tirer sur les gens qui prenaient la fuite », rapporte l’ONG de défense des droits de l’Homme sur son site Internet.

L’armée, qui combat les groupes séparatistes dans les régions anglophones depuis près de quatre ans, a réfuté ces accusations dans un communiqué publié le lendemain du drame par son porte-parole. Le capitaine de vaisseau Cyrille Serge Atonfack Guemo a affirmé que des « groupes terroristes » ont ouvert le feu sur des soldats du 21e Bataillon d’infanterie motorisé (BIM) alors qu’ils menaient un « raid préventif » le 10 janvier à Mautu. Dans la riposte, « quelques terroristes ont été neutralisés » au cours de cette opération conduite dans « le strict respect des règles d’engagement », assure l’armée.

HRW, qui s’appuie notamment sur les témoignages des habitants, affirme qu’« il n’y a pas eu de confrontation entre combattants séparatistes et soldats puisqu’au moment de l’attaque, les premiers ne se trouvaient pas à Mautu ». Des photos et vidéos des victimes présumées de cet incident ont circulé sur les réseaux sociaux, montrant plusieurs personnes gisant au sol visiblement sans vie.

Accusations récurrentes

HRW indique avoir pu « faire correspondre les victimes filmées avec les descriptions des victimes dont il a été établi qu’elles avaient été tuées » et conclut que ces images « ont bien été tournées dans les heures suivant l’attaque ». L’armée a accusé les séparatistes d’avoir fabriqué ce « fatras d’images macabres » pour faire endosser aux forces de défense « un aveugle massacre » à Mautu.

Ce n’est pas la première fois que les militaires camerounais sont soupçonnés d’exactions dans les régions anglophones en crise, mais aussi dans l’Extrême-Nord où l’armée combat la secte terroriste Boko Haram. Après avoir nié dans un premier temps les faits, les autorités ont finalement reconnu l’implication de militaires dans le massacre de civils dans la nuit du 13 au 14 février 2020 à Ngarbuh, dans le Nord-Ouest.

En 2018, Amnesty International avait pointé un doigt accusateur sur l’armée, après la diffusion d’une vidéo virale sur Internet montrant des hommes en uniforme militaire exécutant deux femmes soupçonnées de liens avec Boko Haram et leurs deux enfants. Le gouvernement avait parlé d’un « horrible trucage », avant de reconnaître les faits et d’annoncer l’arrestation de sept militaires.

Les autorités ont réitéré « la détermination du chef de l’État à veiller à ce que les exactions qui peuvent être perpétrées par quelques soldats égarés fassent systématiquement l’objet d’enquêtes et aboutissent le cas échéant à des sanctions appropriées ». C’est ce qui s’est passé dans les deux cas susmentionnés.

Plus d’une fois, le gouvernement a remis en cause le travail des ONG, leur reprochant notamment de passer sous silence des « crimes » et « exactions » commis par les séparatistes anglophones ou de ne pas en faire grand cas dans leurs rapports. Aux yeux de certains Camerounais, les ONG auraient d’ailleurs une partie en faveur des séparatistes.

P.N.N

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