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Des distilleries clandestines de vins et spiritueux prolifèrent à Douala et à Yaoundé

Des distilleries clandestines de vins et spiritueux prolifèrent à Douala et à Yaoundé

Paru le mercredi, 10 février 2021 16:07

Une perquisition ordonnée par le procureur de la République a permis, 9 février 2021 vers 2 h du matin, l’interpellation d’un couple, propriétaire d’une distillerie clandestine de vins et spiritueux de contrefaçons. C’était au quartier Elig-Edzoa Yaoundé.

Selon une source de sécurité, la police a ainsi pu saisir un « important stock de vin, de champagnes frelatés, un fut d’éthanol, des vignettes Cemac de plusieurs produits, dont Guinness, St-James, Wilson, Moët, Black Label et autres, des bouchons et capsules, des colorants et même du cannabis ». D’après la police, les deux suspects mis aux arrêts sont passés aux aveux, à la satisfaction des voisins pour qui cette activité était source d’insécurité dans la zone. Une enquête a été ouverte.

Un promoteur d’une radio urbaine émettant de Douala, croit savoir que « cette minuscule distillerie ne peut pas à elle seule alimenter tous les snacks, nightclubs et caves privées du Cameroun ». Pour lui, il en existerait entre une cinquantaine et une centaine à Douala et Yaoundé, les deux principales villes du pays.

Centaine de distilleries

Et les faits semblent lui donner raison. Le 9 octobre 2020, une opération conduite par le préfet du département du Wouri à Bonabéri, dans la périphérie de Douala, a démantelé une unité de production de faux vins et whiskies installée dans une maison insalubre.

Sur place, les forces de l’ordre ont interpellé une dizaine « d’employés » en plein travail et mis la main sur de vieilles bouteilles de vin nettoyées servant de conditionnement à un liquide rouge conservé dans des tonneaux.

La saisie concerne aussi des vignettes de marquage mises en circulation par l’Etat pour lutter contre la contrebande des liqueurs et autres vins, qui donnent à ces produits pourtant dangereux l’apparence de vrais vins.

Peu de temps avant, la brigade nationale de contrôle et de répression des fraudes du ministère du Commerce a débusqué à Yaoundé un entrepôt spécialisé dans le reconditionnement de produits impropres à la consommation, dont des whiskies d’une marque inconnue du ministère du Commerce.

Réseau organisé

Quelques années plus tôt, l’interpellation au quartier Bonamoussadi à Douala d’un présumé trafiquant sur le point de livrer des whiskies de marque Chivas (12 et 18 ans d’âge) et Jack Daniels estampillés de fausses vignettes dans un snack-bar montre que ces distilleries prolifèrent grâce à un réseau bien organisé.

La filière va des fabricants aux vendeurs en passant par ceux qui font du recyclage des bouteilles vides et conditionnements un business lucratif. D’après un jeune qui sillonne à longueur de journée les quartiers, une bouteille vide s’achète à 500 FCFA et son conditionnement à 1000 FCFA.  

Le promoteur de radio cité plus haut présente certains hauts gradés de la police et de la gendarmerie comme des complices qui en ont fait une source secondaire de revenus. « Il y a beaucoup de complicités, parfois même parmi les importateurs et les représentants de ces marques qui veulent gonfler les profits », se convainc-t-il.

La contrefaçon de vins et spiritueux prospère grâce à la forte demande. Et c’est pour la satisfaire que Guinness Cameroon, filiale locale du groupe Diageo, a par exemple lancé à Douala une distillerie à Douala.

Au-delà du danger pour la santé des consommateurs, la Chambre de commerce, de l’industrie, des mines et de l’artisanat (Ccima) estime que la contrebande, la contrefaçon et le commerce illicite causent chaque année des pertes évaluées à plus de 200 milliards FCFA à l’économie.

Dominique Mbassi

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