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Grève des enseignants : pourquoi les mesures de Paul Biya peinent à convaincre tous les grévistes

Grève des enseignants : pourquoi les mesures de Paul Biya peinent à convaincre tous les grévistes

Paru le vendredi, 11 mars 2022 13:08

Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, est convaincu que les mesures prises par le président Paul Biya pour répondre aux revendications exprimées par des enseignants en grève depuis plus de deux semaines vont permettre « d’améliorer le statut, la carrière, et les conditions de vie de celles et ceux qui forment la communauté éducative, et qui ont toute leur place dans notre société ». Il l’a dit au cours d’une conférence de presse qu’il a organisée jeudi, en compagnie de quatre de ses collègues du gouvernement.

Sauf qu’au sein du collectif On a trop supporté (OTS), qui a lancé ce mot d’ordre de grève le 21 février dernier, ils sont nombreux qui ne partagent pas l’enthousiasme du porte-parole du gouvernement. « Nous sommes déçus par les mesures entrevues par le gouvernement parce qu’à bien les scruter, on se rend compte que le gouvernement ne nous a pas prêté une oreille attentive », fulmine Olene Jeudong, un des principaux leaders du collectif OTS.

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Mesures et calendrier de mise en œuvre

Cet enseignant en colère rappelle ce que l’exécutif a omis de prendre en considération. « Pour sortir de la crise, il fallait que le volet financier soit d’abord solutionné avec le payement de la dette qui est de 181 milliards (115 milliards à fin 2020, selon le ministère des Finances, NDLR). Mais dans les solutions mentionnées par le gouvernement, il est à peine question de 45 milliards pour la fin de cette année budgétaire. Ce qui ne représente trois fois rien par rapport à la dette », déplore Olene Jeudong.

Il conclut : « nous ne sommes pas prêts à abandonner la grève tant que la dette ne sera pas complètement épurée ». Un avis largement partagé par les membres du collectif OTS, même si certains sont plus souples sur les délais. Ils proposent que le gouvernement s’engage à payer entièrement cette dette en trois mois, pas plus. À défaut de quoi, ils poursuivront la grève. « Pourquoi ne peut-on pas payer 200 petits milliards lorsqu’on sait qu’il y a une ligne 94 qui comporte 1 000 milliards ? (Le budget de cette ligne est en réalité de près de 100 milliards de FCFA pour l’exercice 2022, NDLR) »  

Perte de confiance

Cette question reprise sans cesse par les leaders du collectif OTS depuis le début de cette grève n’est pas anodine. Premièrement, il transpire de cette interrogation que les grévistes soupçonnent le gouvernement de faire preuve de mauvaise foi. Ensuite, pour ces derniers, cette question est l’évidence que l’enseignant n’a pas l’objet d’assez de considération de par des autorités. Et le gouvernement depuis deux semaines ne ferait rien pour prouver le contraire.

Un sentiment alimenté par le non-respect des promesses passées. En 2000, le gouvernement promet un statut particulier aux enseignants, mais plus de vingt ans après, ce dossier n’a pas avancé. Plus proche encore, en 2017, une commission ad hoc est créée après une nouvelle grève. Mais deux après, toutes les promesses du gouvernement sont abandonnées, comme le regrette le Collectif des enseignants indignés du Cameroun (CEIC), syndicat fondé par Jacques Bessala.

Messages anonymes

« Nous souhaitons que ces mesures soient implémentées de façon ininterrompue, pas comme ce qui s’est passé en 2017. Nous souhaitons même qu’elles connaissent des accélérations dans leur implémentation. Dans sa communication le gouvernement parle d’un milliard à payer en termes de rappels par mois. Pourquoi ne pas passer à deux milliards, voire trois milliards par mois ? Ça raccourcirait cet échelonnement qui va jusqu’à l’année prochaine parce que c’est lui qui exaspère les collègues », fait savoir Jean François Elong Ngando, le premier vice-président du CEIC.

En l’état actuel des choses, ce syndicaliste reste « très dubitatif » quant à la reprise des cours après le train de mesures proposées par le président Paul Biya et présentées par le porte-parole du gouvernement. Néanmoins, des messages anonymes des personnes qui se présentent comme des membres du collectif OTS louent les mesures du chef de l’État. En plus, les auteurs annoncent qu’ils abandonnent l’opération « Craie morte » en retournant dans les salles de classe. Il reste à savoir si ces optimistes sont assez nombreux pour affaiblir les radicaux du collectif OTS. Pour le savoir, il faut attendre de voir ce qui va se passer dans les prochains jours.

Quoi qu’il en soit, les syndicalistes, plus modérés que les leaders du collectif OTS, sont convaincus que l’issue de cette crise passe par le maintien d’un dialogue permanent avec le gouvernement.  

Michel Ange Nga

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Dernière modification le vendredi, 11 mars 2022 13:12

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