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Covid-19 : les fantasmes de la RTBF sur la situation du Cameroun

Covid-19 : les fantasmes de la RTBF sur la situation du Cameroun

Paru le samedi, 11 avril 2020 08:27

Le 7 avril 2020, la Radio-télévision belge de la Fédération Wallonie-Bruxelles (RTBF) a consacré près de 2 minutes au Cameroun dans son « grand journal de 18 heures », présenté par Anne Goderniaux. Prétexte : les Camerounais seraient « frappés de plein fouet » (c’est-à-dire de face et violemment) par l’épidémie du nouveau coronavirus.

On s’attendrait alors à des statistiques épidémiologiques, même en proportion, proches de celles des États-Unis (457 000 cas, 18 700 morts), de l’Italie (98 200 cas, 18 800 morts), ou encore de la Belgique (23 000 cas, 3000 morts), qui sont parmi les pays les plus touchés à ce jour. Et pourtant, la chaine publique belge se limite à indiquer que « le Cameroun est devenu le pays le plus touché d’Afrique subsaharienne (…), juste derrière l’Afrique du Sud » et que les chiffres officiels (650 cas pour une dizaine de décès, ce jour-là) « sont en dessous de la réalité ».

Situation réelle

Cette « réalité », RTBF ne la décrit pas… Pour la journaliste Olive Atangana, spécialisée dans la couverture de l’actualité sanitaire, « la situation est sérieuse, mais dire que le Cameroun est frappé de plein fouet est vraiment excessif ». Même en admettant des sous-évaluations (ce qui vaut aussi bien pour le Cameroun que pour le reste du monde), « la situation actuelle du Cameroun est loin d’être comparable à celle des pays les plus touchés en Afrique, en Europe et en Amérique », estime-t-elle.

Les épidémiologistes camerounais situent le pic de l’épidémie dans le pays au 20 avril avec une moyenne de 10 400 cas. Rien n’est pour l’instant certain. Mais si ces projections se réalisent, on serait-là encore loin ce qu’on voit ailleurs. Au ministère de la Santé publique, on fait également observer que le Cameroun développe aussi moins de cas sévères qui sont un vrai défi pour tous les systèmes de santé du monde.

Au 10 avril, le pays recense officiellement 820 personnes positives au nouveau coronavirus, dont 720 cas actifs, 98 guéris et 12 décès. « Sur l’ensemble des cas positifs confirmés, nous avons actuellement 49 (6% ou en Occident on dépasse les 15% NDLR) cas seulement hospitalisés, 17 cas sous oxygène ou simple ventilation non invasive », indique le ministre de la Santé, Malachie Manaouda.  

En comparant les courbes de l’évolution du nombre de malades dans chaque pays à partir du 100e cas, des datajournalistes de la Tribune de Genève sont d’ailleurs arrivées à la conclusion que la maladie se développe moins en Afrique que sur les autres continents du globe. Une tendance déjà prédite par le professeur Didier Raoult.

Pour l’infectiologue français, né au Sénégal, « il est possible qu’il y ait une espèce de protection qui pourrait être due à l’écosystème africain ». Et parmi les particularités du continent, le patron de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection cite la jeunesse de la population, le climat tropical ou encore la prise régulière des antipaludiques dont on sait maintenant, indique-t-il, qu’ils « sont efficaces sur le coronavirus ».

Afro-pessimisme

Mais cette perspective, qui devrait réjouir au regard de la fragilité de nombreux États africains, semble plutôt horripiler plusieurs organisations internationales. Plutôt que d’agir pour aider le continent à faire face à la pandémie, comme le font la Chine ou Cuba pour certains pays européens, elles multiplient des prédictions apocalyptiques.

« Il s’agit d’une vieille rengaine consistant à placer l’Afrique toujours au sommet du podium dès qu’il s’agit de guerre, d’épidémie ou de catastrophes. L’idée derrière cet afro-pessimisme est de pousser les Africains à avoir moins confiance en eux et à leurs institutions afin de mieux les assujettir », soutient un géostratège. « C’est vrai le président Paul Biya ne s’est exprimé depuis le début de la crise, que nous avons des défis en termes d’accès à l’électricité ou à internet. Mais lorsque la RTBF affirme que “l’État est laissé à l’abandon” et “l’accès des populations aux informations utiles est impossible”, est-ce vraiment le pays dans lequel nous vivons tous ? », s’interroge-t-il, alors que des campagnes de dépistage sont déployées à Douala.

Certes, Paul Biya n’a pas pris la parole depuis le début de la crise sanitaire comme certains de ses homologues. Ce silence fait débat au sein de l’opinion. Maurice Kamto et son parti le MRC considèrent comme une « désertion ». Pour le RDPC, au pouvoir, « le chef de l’État est bel et bien à Etoudi. Il préside aux destinées du Cameroun », assure son secrétaire à la communication, le ministre Jacques Fame Ndongo.  

AO

05-04-2020- Coronavirus : quelques comparaisons de courbes qui autorisent un espoir pour l’Afrique

Dernière modification le samedi, 11 avril 2020 14:41

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