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Au Cameroun, la vaccination contre le paludisme devient systématique, une première dans le monde

Au Cameroun, la vaccination contre le paludisme devient systématique, une première dans le monde

Paru le mardi, 23 janvier 2024 05:22

Lundi 22 janvier, le Cameroun a lancé le vaccin antipaludique RTS,S dans son Programme élargi de vaccination (Pev), devenant ainsi le premier pays à le faire en dehors du programme pilote de vaccination antipaludique mené au Ghana, au Kenya et au Malawi et connu sous le nom de Programme de mise en œuvre du vaccin antipaludique (MVIP). « Un jour historique » pour le pays, selon le ministre de la Santé publique (Minsanté), Manaouda Malachie. « Nous dispensons, depuis ce matin, lundi 22 janvier 2024, le vaccin contre le paludisme à nos enfants. Cette dispensation, qui est à sa phase opérationnelle, est donc une démarche qui nous conduira à son lancement officiel en présence des différents ministres de la Santé de l’Afrique, notamment au mois de mars, qui viendront pour un événement et qui sont en train de regarder quelle est l’expérience que le Cameroun est en train de vivre », s’est félicité le membre du gouvernement.

Depuis 2019, le Ghana, le Kenya et le Malawi administrent le vaccin RTS,S selon un calendrier de quatre doses aux enfants à partir de l’âge de 5 mois environ dans des districts sélectionnés dans le cadre du MVIP. Plus de 2 millions d’enfants ont été vaccinés contre le paludisme dans ces trois pays africains, avec plus de 8 millions de doses administrées, « ce qui a entraîné une baisse remarquable de 13% de la mortalité toutes causes confondues chez les enfants en âge de recevoir le vaccin, ainsi qu’une réduction considérable des cas de paludisme graves et des hospitalisations », d’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Au Cameroun, le vaccin contre le paludisme cible les enfants de 6 mois au 31 décembre 2023 dans les 42 districts de santé sélectionnés à travers le pays. C’est un vaccin injectable dans la cuisse. Il sera administré selon un schéma à quatre doses (6 mois, 7 mois, 9 mois et 24 mois), indique le Pev. Objectif : réduire la morbidité et la mortalité causées par le Plasmodium falciparum, parasite responsable des formes de paludisme les plus meurtrières. « Cette dispensation, qui intervient après la phase pilote […], arrive donc à point nommé pour pouvoir renforcer les autres méthodes de lutte contre le paludisme que nous avons », se réjouit Manaouda Malachie.

Satisfecit des partenaires

Du côté des partenaires, on se réjouit également du déploiement de ce vaccin au Cameroun, qui fait partie des 11 pays les plus touchés par le paludisme dans le monde. « Le lancement du vaccin contre le paludisme marque une étape importante dans la prévention et la lutte contre la maladie, notamment en protégeant les enfants contre une maladie grave et le décès. Nous nous engageons à soutenir les autorités sanitaires nationales pour assurer un déploiement efficace du vaccin antipaludique ainsi que l’intensification des autres mesures de lutte contre le paludisme », déclare Dr Phanuel Habimana, représentant de l’OMS au Cameroun.

« Jusqu’à maintenant, on avait fait des introductions pilotes à petite échelle dans 3 pays - le Kenya, le Ghana et le Malawi - pour comprendre comment utiliser le vaccin. Là, au Cameroun, on passe directement à une introduction de routine. C’est vraiment un tournant. Ça fait très longtemps qu’on travaille sur le vaccin contre le paludisme. Ça a mis 30 ans. C’est une maladie qui est très difficile parce qu’elle est transmise par un parasite avec un cycle de vie qui est très compliqué. On a un outil qui va pouvoir nous être utile, qui a une efficacité qui a été démontrée, qu’il a une sûreté : c’est un outil complémentaire important », soutient, de son côté, Aurélia Nguyen, directrice des programmes de Gavi, l’Alliance du vaccin, dans une interview à l’AFP.

Toutefois, il faudra faire avec la méfiance de certains Camerounais qui émettent des doutes sur l’innocuité de ce vaccin. Mais le Minsanté, dans un communiqué publié le 29 novembre 2023, assure que le processus d’introduction de ce vaccin validé par l’OMS a respecté « toutes les étapes essentielles requises ». Ce lundi, Manaouda Malachie a appelé les parents à prendre leurs « responsabilités » en faisant vacciner les enfants. Dans le même ordre d’idées, le Pev a, avec l’appui technique et financier du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNCIEF), formé une quarantaine de personnes (du 15 au 18 janvier 2024) à la gestion de la désinformation et de la circulation des fausses nouvelles sur le vaccin RTS,S pour « tuer » les fausses informations autour de ce vaccin et qui sont de nature à saper les efforts du gouvernement dans la lutte contre le paludisme. Ce, dans le but de renforcer la confiance des parents par la communication sociale pour un changement de comportements sur les rumeurs concernant ce vaccin.

Le lancement de la vaccination de routine contre le paludisme intervient après que le Cameroun a reçu 331 200 doses de vaccin en novembre 2023, devenant le premier pays africain à recevoir ce sérum après la phase pilote au Ghana, au Kenya et au Malawi. D’autres doses sont attendues « dans les semaines à venir », a appris SBBC. Le paludisme demeure la première cause de consultations et d’hospitalisations au Cameroun, touchant principalement les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. Chaque année, le pays enregistre 6 millions de cas de paludisme et les établissements de santé déplorent 4 000 décès environ, dont la plupart touchent les enfants de moins de 5 ans. Cependant, tous les cas ne sont pas enregistrés et l’OMS estime qu’environ 11 000 personnes meurent de la maladie chaque année dans le pays. Mais avec le soutien des partenaires, les efforts de contrôle et de prévention du paludisme au fil des ans ont permis de réduire progressivement le fardeau de la maladie dans le pays, selon les autorités. D’après l’OMS, d’autres pays africains, à l’instar du Bénin, du Burkina Faso ou encore du Liberia sont sur le point de lancer la vaccination contre le paludisme.

Patricia Ngo Ngouem

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Dernière modification le mardi, 23 janvier 2024 05:25

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