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Crise anglophone : après le Nord-Ouest, MSF accusé de collusion avec les séparatistes dans le Sud-Ouest

Crise anglophone : après le Nord-Ouest, MSF accusé de collusion avec les séparatistes dans le Sud-Ouest

Paru le mardi, 28 décembre 2021 14:51

Le ministère de la Défense est formel : l’ONG internationale Médecins sans frontières (MSF) a été surprise, le 26 décembre à Nguti, dans la région du Sud-Ouest, en flagrant délit de tentative d’exfiltration d’un combattant séparatiste blessé par l’armée au cours d’un accrochage. « Médecins sans frontières s’est ainsi délibérément engagée dans une opération clandestine d’exfiltration et de couverture de terroristes, malgré les mises en garde répétées des autorités camerounaises », accuse avec force et détails le capitaine de vaisseau Cyrille Atonfack, chef de division de la communication au ministère de la Défense, dans un communiqué ce 27 décembre.

Selon ce responsable de l’armée, dans l’après-midi du 25 décembre 2021, il y a eu un accrochage à Tinto II entre des gendarmes et deux combattants séparatistes venus en opération de repérage en vue d’attaquer la brigade de gendarmerie de Tinto. Blessés, les deux assaillants se sont réfugiés dans la forêt de Ntenmbang, d’où ils contactent, le lendemain, le responsable de l’antenne de MSF de Mamfe de nationalité indienne « pour négocier leur exfiltration du département de la Manyu à partir du village Ashum vers un centre de santé accessible », écrit le capitaine de vaisseau Cyrille Atonfack Atonfack.

C’est ainsi qu’une ambulance conduite par un chauffeur camerounais et une infirmière de même nationalité sera dépêchée à Ashum pour cette opération. À son arrivée dans ce village, raconte le chef de division de la communication du Mindef, l’un des blessés avait déjà rendu l’âme et avait été inhumé. C’est donc le survivant, le nommé Mbu Princely Tabe, alias « General Moving Star », qui sera pris en charge par l’équipe de MSF.

 « À aucun moment (…), MSF n’a notifié les autorités administratives de la Manyu conformément aux protocoles opérationnels en vigueur validés d’accord parties », accuse le Mindef. Selon l’institution, les « premiers éléments de l’enquête en cours, il ressort que l’infirmière de bord (…) aurait, et avec la couverture de responsables locaux de MSF, monté de toute pièce une fausse fiche d’évacuation avec pour nom du patient “Ndip Ben”. La même fiche déclarait le patient non blessé par balles et plutôt en provenance de Mamfe ».

Les silences de MSF

Réagissant à cette charge le 27 décembre, MSF reconnait avoir « reçu un appel (dans la nuit du 25 au 26 décembre) concernant une personne blessée ayant besoin d’une assistance médicale urgente dans la zone sanitaire de Tinto », être « parvenue à prendre en charge le patient au matin dans la zone d’Ashum » et l’avoir « transféré à Mutengene via Kumba pour y subir une intervention chirurgicale », « étant donné son état grave ».

L’ONG dit avoir « préalable contacté les autorités militaires locales ». « Nos équipes les avaient informées du transfert d’un patient blessé à Mutengene, spécifiant son âge et son sexe, comme requis », lit-on dans son communiqué. Sauf que le blessé dont il est question ici, si on en croit les deux versions, est celui de Tinto. En plus, MSF est muet sur les accusations de fabrication d’une fausse fiche d’évacuation portées par l’armée. Y a-t-elle inscrit un faux nom et menti sur la nature de la blessure de son patient ? L’ONG ne répond pas à ces questions.  

L’organisation médicale internationale se contente de rappeler que, comme partout ailleurs, elle « traite les personnes sur la base des seuls besoins médicaux, indépendamment de leurs origines ou de leurs affiliations ». « Les allégations de complicités avec tout acteur d’un conflit mettent les patients et le personnel de MSF en danger grave et immédiat », indique-t-elle. Et d’ajouter : « nous sommes en contact avec les autorités pour comprendre l’origine des problèmes de communication relative à ce transfert de patient, afin d’éviter de nouveaux incidents de ce type avec nos ambulances ».

Mais pour le ministère de la Défense, « il est établi que Médecins sans frontières entretient des relations étroites avec les terroristes opérant dans la région du Sud-Ouest et engagerait suffisamment divers moyens pour faciliter leurs actions sanguinaires sur le terrain ».

C’est ce que soutenait déjà le gouvernement lorsqu’en 2020, il avait suspendu les opérations de MSF dans le Nord-Ouest, une région où sévit également le conflit séparatiste. Après des négociations sans issus entre le directeur général de MSF venu de Suisse et les autorités camerounaises, l’ONG va se résoudre à arrêter ses opérations dans le Nord-Ouest.

Cette nouvelle crise ne va pas améliorer les rapports entre MSF et le gouvernement et pourrait de nouveau conduire à une suspension de l’ONG, dans le Sud-Ouest cette fois.

Ludovic Amara

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Dernière modification le mercredi, 29 décembre 2021 06:48

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