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Paul Biya : le maître du jeu

Paul Biya : le maître du jeu

Paru le lundi, 18 janvier 2021 13:45

Depuis l’indépendance, Paul Biya est dans les hautes sphères de la République. Il débute sa carrière comme chargé de mission à la présidence de la République en 1962. Depuis lors, il a gravi les échelons pour devenir président de la République en 1982 à la suite de la démission d’Amadou Ahidjo, premier chef d’État du Cameroun. Cette fonction le place au centre du jeu politique au Cameroun.

« En raison de la nature présidentialiste du régime… Bien plus que la “clé de voûte” qu’évoquait le général de Gaulle au sujet du président de la Ve République en France, le chef de l’État au Cameroun occupe une place cardinale dans l’édifice institutionnel », analyse l’ancien secrétaire général des conseils de cabinet (2005-2016), Fred Ebongue Makolle, dans son ouvrage « Le travail gouvernemental au Cameroun. Organisation, principes et méthodes d’action », publié en 2019 aux éditions Afrédit.

En effet, les attributions du président de la République contenues dans le chapitre 1er de la Constitution en font un « monarque républicain ». Il est le chef des forces armées, représente le Cameroun dans tous les actes de la vie publique, nomme aux emplois civils et militaires de l’État, exerce le pouvoir réglementaire et le droit de grâce, crée et organise les services publics de l’État, peut étendre ses pouvoirs en décrétant l’état d’urgence ou d’exception…

Il nomme par ailleurs le Premier ministre, fixe les attributions, nomme et met fin aux fonctions des autres membres du gouvernement. Ce qui fait dire à Fred Ebongue Makolle que le président de la République est « une sorte d’alpha et d’oméga », « le deus ex machina » de l’activité gouvernementale, entendue comme la composante de l’action publique qui s’exécute directement sous la responsabilité du gouvernement.

Efficacité politique

L’emprise de Paul Biya sur la vie politique est en plus renforcée par sa position de chef du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Ce parti, en plus de contrôler la quasi-totalité des communes (316 sur 360) et des régions (9 sur 10), est ultra majoritaire au Parlement (152 députés sur 180 et 87 sénateurs sur 100). Par le biais de la discipline partisane, Paul Biya contrôle donc indirectement le pouvoir législatif. Le président de la République est par ailleurs, selon la Constitution, « garant de l’indépendance du pouvoir judiciaire ». En plus, il nomme les magistrats et préside le Conseil supérieur de la magistrature.

Des pouvoirs étendus que Paul Biya exerce avec un certain mystère de l’avis de certains de ses portraitistes et collaborateurs. Ce qui le rendrait d’ailleurs imprévisible, illisible… Une des illustrations de ce mystère est l’appréciation que les uns et les autres font du rapport de cet ancien séminariste au travail. Alors que l’opposition et les médias, notamment internationaux, le présentent comme un « vacancier permanent », ses plus proches collaborateurs, même ceux tombés en disgrâce, parlent de lui comme d’un « gros travailleur ».

Paul Biya est aussi décrit comme un chef d’État particulièrement préoccupé par l’efficacité politique. Ce serait même pour certains, l’un des secrets de son maintien depuis 1982 à la tête du pays. Après avoir analysé les gouvernements formés par Paul Biya depuis son accession à la magistrature suprême, Fred Ebongue Makolle conclut lui aussi au « primat de la rationalité politique ».

« Le président Biya ne m’est pas apparu comme un chef d’État attaché à une idéologie particulière. Je le classerais volontiers parmi les pragmatiques, soucieux, à sa manière, d’efficacité, surtout politique. Il résumait son attitude générale dans cette formule qu’il m’a répétée plus d’une fois : “monsieur le ministre d’État, la politique c’est la gestion de vérités variables !” », confie, pour sa part, l’ancien secrétaire général de la présidence de la République (2002-2006), Jean-Marie Atangana, dans son livre « Le secrétaire général de la présidence de la République au Cameroun. Entre mythes, textes et réalités ».

Aboudi Ottou

Dernière modification le lundi, 18 janvier 2021 13:47

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