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Vallée du Ntem : l’investissement de Neo Industry se heurte à l’opposition des communautés riveraines

Vallée du Ntem : l’investissement de Neo Industry se heurte à l’opposition des communautés riveraines

Paru le lundi, 10 août 2020 13:59

Dans la région du Sud, les populations du département de la Vallée du Ntem s’opposent à la création d’une réserve forestière de 66 000 ha attribuée à la société Neo Industry. L’entreprise compte y développer des plantations de Cacao dans cette localité frontalière avec le Gabon et la Guinée Équatoriale. Les fèves issues de ce projet d’agro-industrie sont destinées à ravitailler une unité de transformation industrielle de cacao implantée à Kekem dans la région de l’Ouest, avec une capacité de 32 000 tonnes, pour un investissement de 54 milliards de FCFA.

Pour les élites de la Vallée du Ntem, il s’agit d’un accaparement des terres. « Le fait pour l’Etat d’avoir pris en premier nos terres, sous le prétexte d’une déclaration d’utilité publique et sans nous consulter, est une opération de dupe. La démarche de l’entreprise qui n’a pas pris le temps de consulter les populations n’est ni respectueuse des principes prévus par la loi ni respectueuse de la dignité des filles et fils de la Vallée du Ntem, qui parlent aujourd’hui de la terre de leurs ancêtres », s’est insurgé l’ancien ministre Emmanuel Edou, porte-parole des élites de la Vallée du Ntem.

C’était lors d’une réunion de concertation, convoquée le samedi 8 août dernier à Ambam, sous la présidence du préfet de la Vallée du Ntem. Cette assise faisait suite aux requêtes introduites par le collectif des élites de la Vallée du Ntem, celui des chefs traditionnels, et un collectif d’avocats.

Du côté du ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf), la posture des autochtones de cette localité est contestée par Hubert Kibong, le délégué départemental du Mindcaf pour la Vallée du Ntem. « Neo Industry est simplement bénéficiaire d’un contrat provisoire qui devrait faire l’objet d’un décret plus tard en attendant les échanges avec les populations et les études d’impact environnemental », défend-il sur les colonnes du journal Mutations.

Aux sources de la crise

Pour comprendre cette crise, il faut remonter au 3 juillet 2012. C’est à cette date que l’ex-ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf), Jacqueline Koung à Bessike, a signé un arrêté déclarant d’utilité publique, les travaux de construction d’une agro-industrie dans le Sud, et la création des réserves foncières dans les départements de la Mvila, l’Océan et la Vallée du Ntem.

Cet arrêté a induit la signature par Philemon Yang, le Premier ministre (PM) d’alors, d’un décret d’indemnisation et d’incorporation desdites terres dans le domaine privé de l’État quelques mois plus tard. Répondant à un appel d’offres national portant sur la création d’une agro-industrie dans la Vallée du Ntem, lancé par le Mindcaf en 2017, Néo Industry, à l’origine des tensions actuelles, a sollicité et obtenu 66 000 ha pour son projet.

Les communautés riveraines déplorent que sur les 730 000 ha de terres que compte la Vallée du Ntem, il ne reste aux populations que 400 000 ha après la réalisation du barrage de Memve’ele et la création des réserves foncières à l’origine de la crise.

Un collectif des avocats, constitué pour la cause, manœuvre pour que la décision du PM soit rapportée, « à titre conservatoire ». Ils ont dans ce sens introduit deux recours gracieux préalables auprès du PM et du Mindcaf ainsi qu’une demande de sursis à exécution des actes querellés. « La création des réserves foncières calquées sur le régime d’expropriation pour cause d’utilité publique est une hérésie juridique. Car, ce qui s’est passé est une expropriation pour cause d’utilité privée voilée sous l’expropriation pour cause d’utilité publique », soutient Me Christian Engo.

Baudouin Enama

Dernière modification le lundi, 10 août 2020 14:02

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