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L’Afrique observe avec consternation les dérives de la gouvernance américaine

L’Afrique observe avec consternation les dérives de la gouvernance américaine

Paru le samedi, 30 mai 2020 04:33

Fier de son bilan sur le plan économique, Donald Trump n’imaginait pas que la fin de son premier mandat à la Maison Blanche serait encore plus chaotique que ses débuts. Sur la défensive en cette période pré-électorale, face aux critiques sur sa gestion de la pandémie du Coronavirus, le président américain a pris, ces derniers temps, des décisions jusqu’à lors improbables dans la grande démocratie américaine, leader du « monde libre ». Qu’aurions-nous entendu si un chef d’Etat africain s’était comporté de la sorte ?

Une gestion jugée catastrophique de la crise sanitaire

Tout le monde a bien compris que Donald Trump a échoué dans sa gestion de la crise du Coronavirus. Les États-Unis ont montré « une incompétence flagrante ... aux plus hauts niveaux » dans la lutte contre la pandémie de Covid-19, estime Samantha Power, ex-ambassadrice américaine aux Nations Unies sous la présidence de Barack Obama. Le pays de l’Oncle Sam, l’Etat le plus puissant du monde, s’est finalement révélé extrêmement vulnérable, affichant le plus lourd bilan au monde, au-delà des 100 000 décès. Une situation qui a laissé le président américain sans voix durant quelques jours, essuyant les accusations de n’avoir pas agi assez vite, assez efficacement, d’avoir minimisé la maladie, et surtout d’avoir réduit les couvertures santé pour les plus démunis, en grande majorité des populations afro-américaines qui en paient le prix fort.

Le Coronavirus a également éreinté l’économie américaine. Plus de 30 millions de personnes sont au chômage, sans aucune perspective de retrouver un job de sitôt. Et la Reserve Fédérale en est réduite à racheter indirectement la dette des entreprises les plus menacées.

Des décisions présidentielles loin du consensus démocratique

Sur le plan intérieur, deux événements viennent de faire basculer le président Trump du côté de l’autoritarisme, selon la perception américaine de la gouvernance publique, qui se veut très participative.

Tout d’abord, vexé d’être rappelé à l’ordre par Twitter alors qu’il diffusait une information contestable, il a immédiatement signé un décret présidentiel menaçant les intérêts des grands réseaux sociaux. Ce geste d’humeur, qui a peu de chances de rencontrer l’approbation des chambres, révèle surtout la grande fébrilité qui règne au plus haut sommet de l’Etat.

Par ailleurs, après la mort de George Floyd, un citoyen afro-américain brutalisé par la police de Minneapolis, Donald Trump a franchi un nouveau cap en déclarant que si les protestations s’accompagnaient de pillages, il envisagerait d’envoyer l’armée « faire le travail ». « Si les pillages commencent, les tirs débuteront aussi », a menacé Donald Trump dans un tweet, indiquant clairement que l’armée, envoyée sous ses ordres, n’hésitera pas à faire feu sur les manifestants qui seraient identifiés comme des pillards. Quant à la presse américaine, elle n’aurait jamais imaginé un jour voir des journaliste de CNN se faire arrêter et menotter, et pourtant, l’événement s’est produit ce vendredi à Minneapolis.

Une politique internationale durement éprouvée par la Chine

Sur le plan international, le président américain s’est mis à dos une large partie de l’ONU, principalement l’Organisation Mondiale de la Santé, qu’il accuse de partialité en faveur de la Chine. Il vient de retirer définitivement son pays de l’organisation dont, début mars, il vantait encore l’efficacité et la compétence. 

D’autre part, la Chine pose un sérieux problème au locataire de la Maison Blanche. Xi Jinping, le président chinois, n’est pas homme à se laisser dicter sa conduite. Face aux attaques commerciales que lui impose l’Amérique, il a joué la carte politique en s’attaquant au statut de Hong-Kong, au moment où les pays occidentaux sont submergés par les conséquences de l’épidémie.

Le New York Times rappelle qu’en 2014, alors qu’il songeait à la présidence, Donald Trump s’était montré très critique vis-à-vis de Barack Obama, en lui recommandant de ne pas se mêler des problèmes de Hong-Kong, car l’Amérique, disait-il, avait déjà, elle-même, assez de problèmes… Maintenant qu’il a lui-même beaucoup de problèmes à régler dans son pays, le président milliardaire, n’a pas manqué de réagir aux décisions de Pékin, et cela à plusieurs reprises.  Mais là encore, trop tard… Pékin imposera sa Loi qui privera Hong Kong, le petit paradis fiscal aux portes de la Chine, de tous les droits qui étaient précédemment accordés aux grandes nations démocratiques. Finis « les actes de sécession, de subversion, de terrorisme, et d’interférence étrangère ». Un coup dur pour l’Amérique. La place financière de Hong Kong pèse 4500 milliards $ dont une large part d’investissements de grandes banques américaines et européennes. Si l’Oncle Sam s’attaque aux entreprises chinoises cotées ou actives sur son territoire, désormais, la Chine est en mesure de lui rendre la politesse sur les avoirs américains de Hong Kong. Tel est pris qui croyait prendre.

En Afrique, avec une telle gouvernance, un président serait rapidement mis au banc des accusés

Ces développements sont très intéressants à suivre pour de nombreux pays africains auxquels les Etats-Unis et ses alliées administrent régulièrement des leçons de bonne gouvernance, assorties de menaces de sanctions financières, et parfois d’intervention armée.

Quand le POTUS encourage les forces de l’ordre à tirer sur des casseurs de vitrines, comment pourrait-il demain exiger de certains gouvernements africains d’établir « le dialogue » avec des rebelles armés, des insurgés ou même des mouvements terroristes…

Quand la Maison Blanche se range implicitement du côté des policiers meurtriers d’Afro-Américains, comment pourrait-elle demain en appeler au respect des droits de l’homme, aux droits des minorités et à la non-violence en Afrique ?

Quand les populations américaines pauvres sont abandonnées face à l’épidémie, sans moyens de se soigner, comment va-t-on demain demander aux gouvernements africains de mener des politiques de développement inclusives ?

Espérons que cette terrible crise qui secoue le monde vienne rappeler aux grandes puissances quelques règles d’humilité et aux pays en développement que leur avenir leur appartient.

Idriss Linge

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