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Cemac : les non-dits du sommet extraordinaire de Yaoundé

Cemac : les non-dits du sommet extraordinaire de Yaoundé

Paru le jeudi, 19 août 2021 16:11

Dans le communiqué final du sommet extraordinaire des chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac), tenu à Yaoundé le 18 août 2021 par visioconférence, trois paragraphes, en fin de document, ont été consacrés à encourager « les États membres concernés à finaliser et à conclure des programmes avec le FMI (le Fonds monétaire international) ». De sources concordantes, la conclusion de nouveaux programmes avec le FMI serait d’ailleurs la principale raison qui a poussé le président camerounais, Paul Biya, président en exercice de la Cemac, à convoquer ce sommet, à la demande de l’institution de Bretton Woods.

L’urgence est telle que les chefs d’État de la Cemac (Cameroun, Congo, Gabon, Tchad, RCA et Guinée équatoriale), qui peinent depuis mars 2020 à se réunir en session ordinaire, ont trouvé du temps pour prendre part à cette conférence. « L’ambition est d’avoir tous les pays de la Cemac sous-programme avant la fin de l’année (2021, NDLR). Ce qu’on n’a pas réussi en 2017, à la suite du sommet extraordinaire de Yaoundé de décembre 2016 », souffle-t-on au FMI.  

À ce jour, seuls le Cameroun et le Gabon ont déjà conclu un programme dit de seconde génération avec le l’institution de Bretton Woods. Le Tchad a, depuis le 28 juillet 2021, un accord au niveau des services. À ce même niveau, les discussions avec la République centrafricaine seraient « très avancées ». « Des contacts ont été pris avec le Congo et la Guinée équatoriale. Mais, pas de conclusions en vue à très court terme. Les missions d’août et septembre 2021 donneront plus de visibilité », fait-on savoir au sein du Fonds.  

Mauvais élèves  

Lors de la première phase, le Congo et la Guinée équatoriale avaient déjà trainé le pas, ne concluant leurs programmes qu’au mois de juillet et de décembre 2019 respectivement, soit plus de deux ans après les autres pays de la Cemac. Suite aux critiques d’ONG qui ont suivi la conclusion de ce programme avec la Guinée équatoriale, son ministre des Mines et des Hydrocarbures, Obiang Lima, laisse d’ailleurs entendre que son pays, en récession continue depuis 2013, n’a pas besoin des fonds du FMI et n’a agi que par solidarité pour le reste de la sous-région, selon l’Agence Ecofin.  

Cet état d’esprit n’aurait pas changé à ce jour. « Nous ne les comprenons pas. Ils ont toujours le nez dans le rétroviseur. La période faste du boom pétrolier a laissé de mauvaises habitudes et les charges récurrentes des investissements effectués plombent toute nouvelle infrastructure. Mais, ils s’entêtent », commente une source proche du dossier.  

De l’aveu même du président en exercice de la Cemac, au-delà de l’impact négatif de la crise sanitaire actuelle, la récession économique qui a frappé la sous-région en 2020 (-1,7% de croissance du PIB) est aussi le fait des résultats mitigés des réformes structurelles engagées depuis le sommet extraordinaire de 2016, à Yaoundé.  

Pour de nombreux experts, cette contreperformance est en partie le fait de la mise en œuvre à plusieurs vitesses des réformes. « La vitesse et l’envergure de leur mise en œuvre sont à revoir. Voilà, me semble-t-il, les enjeux qui nous interpellent de nouveau », a indiqué Paul Biya dans son discours d’ouverture. Comme en 2016, ces réformes visent la réduction des déficits budgétaires et extérieurs, ainsi que la diversification des économies encore fortement dépendantes des matières premières non transformées.  

Financement  

Pour la conférence des chefs d’État de la Cemac, cette question est d’autant plus importante que les programmes dits de deuxième génération devraient donner « une nouvelle et forte dynamique à la stratégie régionale de redressement économique et financier ». Après une récession en 2020, la sous-région table sur une croissance de 1,3% en 2021, selon les derniers chiffres communiqués par la Commission de la Cemac. Mais, à en croire des sources à la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), ce rebond de la croissance est conditionné par la signature de nouveaux accords avec le FMI.  

En effet, afin de financer son plan de relance, dont les premières évaluations chiffrent à 7 284,9 milliards de FCFA (dont 2 563,4 milliards de FCFA pour le financement de douze projets intégrateurs), la Cemac compte sur les bailleurs de fonds internationaux (FMI, Banque mondiale, Banque Africaine de Développement, France…). Mais, ceux-ci conditionnent leur engagement à la conclusion de nouveaux programmes avec le FMI.   

Aboudi Ottou 

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